24VG Shen Ting ??
À l’occasion de ce congrès dédié aux troubles
psychiques, il nous a paru intéressant d’évoquer shen, en
général, et les points shen en particulier. Vaste entreprise certes,
mais que nous ciblerons plus particulièrement sur un seul point : nous
avons choisi pour ce faire shenting 24VG, premier point décrit par le
Jiayi Jing au chapitre 1 du livre III qui répertorie tous les points
d’acupuncture (après le livre I sur la physiologie de la médecine
chinoise qui commence par un « exposé sur jing, shen, et les wu
zang », texte strictement identique à celui du lingshu 8….
Et après le livre II, sur les méridiens) et s’intitule :
« 7 points qui se situent sur la ligne horizontale sur le bord des cheveux
à partir de la ligne médiane qui va du nez à la tête
» (au chapitre 2 seront traités « les 8 points sur la ligne
médiane qui va du nez à la tête à partir de un pouce
à l’intérieur des cheveux jusqu’à fengfu 16VG
en arrière », et au chapitre 10 seront traités les points
de VG à la face, avec tous les points du visage). Le premier point traité
est donc shenting, puis c’est qucha (4V) puis benshen (13VB) puis touwei
(8 E) (meichong 3V n’apparaît pas dans le jiayj jing et linqi 15VB
est traité ailleurs).
Nous allons présenter l’étude de shenting en suivant le
schéma adopté par le groupe AFA Paris, sous la houlette de Gilles
Andrès, Gil Berger, Gilles Cury, Paul Couderc et avec tous les participants
de ces séminaires sur les points (organisés depuis déjà…18
ans !) :
1 - les noms du point : 1) définitions du dictionnaire Ricci, puis 2)
l’étymologie, essentiellement Wieger ou Ricci (shuo wen), puis
3) les particularités pour ce nom, puis 4) les points de même nom.
2 - la « typologie » qui est celle du ou des méridiens sur
lequel se trouve le point,
3 - la localisation
4 - la technique de puncture, et enfin
5 - les symptômes décrits dans les textes anciens et modernes (Jiayi
jing, Suwen et Lingshu, Sun Simiao, Dacheng, Soulié de Morant, Chamfrault,
Shanghai, …)
6 - Puis expérience clinique du point en question, si possible utilisé
seul.
Et enfin une synthèse est tentée…
1 – Les noms du point : nom principal Shen Ting ??
Shen ?
1) Définition : Ricci (4317/9655) : Les esprits (les uns d'origine céleste,
les autres étant des êtres humains divinisés ou canonisés);
dieux, divinités, génies; divin. L'Esprit suprême : Dieu;
principe vital supérieur; quintessence de l'énergie vitale supérieure;
âme supérieure, esprit. Vitalité, entrain… Prodigieux,
miraculeux, merveilleux, surnaturel, etc…..
On peut noter en passant que « nerf » se dit en chinois moderne
shenjing ??…, (à côté de « artère »
dongmai ??, « veine » jingmai ??)
2) Étymologie : Wieger ne cite pas shen, mais étudie séparément
les deux parties du caractère. Pour la partie gauche shi ?, (leçon
3D): « Influences venant d'en haut…Les deux lignes horizontales
…signifient ici le ciel. Les trois lignes verticales figurent ce qui pend
au ciel, à savoir le soleil, la lune et les étoiles dont les mutations
révèlent aux hommes les choses transcendantes. Sens actuel, instruire
». La partie droite est l’élément phonétique
shen ?(leçon 50C): « Deux mains qui étendent une corde.
Idée d'extension, d'expansion…Le caractère ancien fut une
primitive figurant l'expansion alternative des forces naturelles ».
3) Particularités sur le nom : on ne peut parler de shen sans faire référence
au travail passionnant et approfondi de Elisabeth Rochat de la Vallée,
en particulier dans son article « les esprits » paru dans la RAFA
n°117, ou de Jean-Marc Eyssalet dans son ouvrage « shen ou l’instant
créateur », ou encore aux articles sur « le Cœur en
médecine chinoise » parus dans la toute récente revue «
Connaissance de l’acupuncture ». Il faut lire, bien sûr, tous
ces textes, et aussi revenir aux sources : en particulier le LS8 benshen connu
de tous, et qui est donc le tout premier texte du jiayi jing , et aussi SW26
dont voici la toute fin (traduction de J-M Eyssalet): « L’empereur
demande : qu’appelle-t-on shen ? qibo répond :….Ce qui se
présentait tout à l’heure comme voilé, assombri,
et s’illumine tout à coup alors que soi seul en reçoit la
clarté comme le vent en soufflant (disperse) les nuages, voilà
ce que shen veut dire… ».
Pour tenter un résumé, adapté à notre sujet : -
sur le plan philosophique : shen c’est « le ciel en l’homme
», et pour dire son mystère : « shen c’est l’insondable
du yin/yang » (xici).
- shen au niveau de l’individu est très étroitement lié
à jing, et les essences jing doivent être bien entretenues, bien
raffinées (par une conduite appropriée), pour que shen puisse
s’épanouir. Pour parler de la vitalité, on parle de jingshen.
Si shen resplendit (et on peut le voir à l’éclat du regard
et du teint, donc à la face) c’est que l’on est en bonne
santé physique et psychique.
- « Le Cœur est le grand maître des 5 zang 6 fu ; c’est
là que demeurent les jingshen….Si le cœur est atteint, les
esprits shen s’en vont et c’est la mort. » (LS71)
- La pathologie des émotions est en rapport avec une atteinte de shen
(LS8): « Les palpitations dues à la frayeur sont suscitées
par les préoccupations et affectent l'esprit shen…La crainte excessive
dissipe l'esprit. Le cœur (renferme l'esprit shen). Les palpitations dues
à la frayeur et suscitées par les préoccupations lèsent
le shen (esprit). L'esprit shen perturbé ne peut plus maîtriser
la peur. Le corps se décharne et les membres s'atrophient. Les poils
se flétrissent et le teint s'altère. »
Sérénité, plénitude tranquille avec teint et regard
« lumineux », cœur en paix, libre de toute préoccupation
ou crainte, tout ceci dénote donc la présence de shen «
régnant en maître », ce grâce à un jing bien
entretenu (par une nourriture tant physique que psychique appropriée)
.
4) Les points de même nom, donc points « shen » : 7 points
ont shen dans leur nom principal : shentang 44V??,shenmen 7C??,shenque 8VC??,shenfeng
23Rn??, shencang 25Rn??où le 2e idéogramme est un nom de lieu,
palais, porte, tours de guet, fief donné en apanage, cache ou dépôt
précieux, donc lieux prestigieux où peuvent résider les
esprits ; et 2 points où le 2e idéogramme n’est pas un nom
de lieu: shendao 11VG ??Voie de l’esprit, et benshen 13VB ??s’enraciner
dans les esprits.
4 points ont shen dans leur nom secondaire : 14VC (juque) : shenmu ??(point
mu),15VC (jiuwei) : shenfu ??(dépôt d’objets précieux),
23VB (zhejin) et 24VB (riyue) : shenguang ??(éclat).
On remarquera que tous ces points sont situés au thorax, en relation
étroite avec Cœur (cœur logis du shen), sauf 13VB (mais qui
appartient à cette même ligne de bord des cheveux que notre 24VG,
et dont nous préciserons plus loin la signification), 7C (dont on connaît
l’action fondamentale sur le cœur) et 8VC (situé au nombril,
cet autre centre)
Ting ?
1) Définition : Ricci (4969/10984) : Cour devant le perron de la grande
salle. Grande salle d’un palais, etc... salle d’audience. Cour de
justice; tribunal; chambre. En médecine chinoise traditionnelle : abréviation
de tianting ??la partie centrale du front. Salle centrale du palais royal (où
le roi règle les affaires gouvernementales et offre des sacrifices à
ses ancêtres) ; cour royale.
2) Étymologie : Shuo Wen : Cour centrale entre les corps de bâtiment.
Wieger : la partie gauche, yan ? NR (12637) (leçon 59I) représente
« une maison ouverte d’un côté, appentis, hangar, remise
». La partie droite ting ? (leçon 81F) signifie pour Wieger «
se rendre à la cour (chuo radical 162 de la marche) pour s’y tenir
à sa place, à une séance plénière. Le prince
(radical 96 wang ?) trônait devant la porte intérieure ; les ministres
se tenaient sur deux files à droite et à gauche sous une espèce
de grande véranda couverte mais ouverte, ou dans la cour. Chacun tenait
le spectre de jade (Yu, également radical 96 ?), marque de sa dignité
». Kyril Ryvjik dans « l’Idiot Chinois » donne une autre
étymologie pour cette partie droite: il s’agirait d’un homme
debout qui allonge le pas pour tirer à l’arc, l’exercice
de tir étant un art rituel par excellence dans la Chine ancienne (équivalent
de la dissertation littéraire dans la Chine classique). Pour l’un
comme pour l’autre en tous cas, avec ting on est bien dans un lieu «
royal », juste devant le palais.
3) Particularités sur ce nom : ting désigne la partie centrale
du front, mais il existe aussi d’autres idéogrammes pour «
front » : dans SW comme dans LS ou JYJ, quand il est fait mention du front,
par exemple dans la description d’un trajet de méridien, il est
désigné par e ?(LS10), ou sang ? (LS5) ou yan ?(JYJ livre II,
dans les symptômes du méridien zuyangming par exemple)..Si on regarde
de plus près l’utilisation de ting pour « front »,
dans le LS37 ou LS49 surtout, on s’aperçoit que c’est dans
le contexte de la répartition des parties du visage pour l’examen
du teint (et n’est-ce pas shen qui donne son éclat au teint ?)
et des 5 couleurs, chacune de ces parties recevant une correspondance symbolique
: quand ting qualifie le front yan (la partie haute du visage), c’est
bien de cour royale qu’il s’agit puisque le nez bi est lui qualifié
de mingtang, avec que (les tours de guet) pour l’espace entre les sourcils,
bi (ce qui abrite, protège, voile) pour le tragus, fan (les barbares,
à la périphérie de l’empire) pour les côtés
du visage.
Dans « Le corps taoïste », K. Schipper décrit en particulier
le paysage de la tête dans la vision interne lors de la méditation
taoïste : à la place du cerveau se situe un « lac central,
à mi-hauteur entre l’occiput et le point entre les sourcils . Au
milieu se dresse….le Palais des Lumières (mingtang), la maison
du calendrier des rois de la Chine ancienne. »
Ting est donc un lieu particulièrement important, puisque c’est
un lieu où « le roi règle les affaires gouvernementales
ou offre des sacrifices », situé en avant de ce mingtang dont la
voûte est ronde comme l’est la voûte crânienne, à
l’image du ciel.
4) Points de même nom : 2 points ont ting dans leur nom principal : neiting
??44E et zhongting ??16VC, un seul en nom secondaire : 26VG (shuigou) guiting
??, aussi guigong (palais) et guishi (marché) : gui sont les esprits
de la terre quand shen sont les esprits du ciel : il existe certainement une
dialectique 24/26VG, qu’il serait certainement très intéressant
de développer…Et si ting est bien cette cour royale devant mingtang,
de quel mingtang peut-il s’agir pour ces 3 points ? Pour 16VC le thorax/coeur
paraît évident, pour 44 E l’homme dans toute sa hauteur ?
et pour 26VG le nez (dont on a vu qu’il a la dénomination mingtang
au LS49)?
Donc pour l’ensemble, shenting désignerait la cour devant le palais des shen, esprits célestes, le ciel étant représenté en l’homme par le crâne, rond également comme la coupole ronde du mingtang du roi. Il faut y voir un lieu de la plus haute importance, devant le palais du roi : la cour royale est un lieu éminemment public et central dans l’exercice du pouvoir, lieu de toutes les intrigues, discussions, tractations entre le palais lui-même (l’interne) et le monde extérieur, et comme on l’a vu le roi (ici shen) a pour fonction d’y régler les affaires gouvernementales comme sacrées.
Voyons maintenant le (seul) nom secondaire, Fa Ji ??:
Fa ?
1) définition : Ricci (1501/3330) : Cheveu; chevelure. (Méd.chin.trad.)
: les cheveux, où se décèle la puissance des reins….
Plume fine comme les cheveux, duvet., …
2) étymologie : fa (leçon 113B) représente des cheveux
longs et flottants. La partie inférieure, selon la leçon 43P de
Wieger signifie « ami, amitié ; le caractère représente
les mains droites de deux amis, agissant dans le même sens, coopérant
»
3) particularités : c’est l’ensemble faji qui sera plus intéressant
à analyser, voir plus bas.
4) points de même nom : un seul point de même nom: qufa nom secondaire
du 7VB qubin (qu? courbe)
Ji ?
1) définition : Ricci (440/930) : Se rencontrer, fréquenter, union,
jonction, rencontre, fréquentation, liaison. occurrence, occasion. Limite,
bord, frontière, etc..
2) étymologie : La partie gauche, la clé radical 170, fu ? NR(3697),
représente, dans sa forme primitive (leçon 86A), une colline avec
des terrasses et des arbres plantés afin d’éviter le ravinement.
La partie droite ji ?représente (leçon 65H): « oblation,
sacrifice ; offrande de viande qui fait descendre les influences d’en
haut ».
3) particularités : pas de particularité pour ji seul
4) points de même nom : un seul point de même nom : yuji 10P (yu?poisson)
Au total, ce second nom se traduit habituellement tout simplement par «
le bord des cheveux », c’est par exemple l’expression qui
est utilisée dans le titre du chapitre 1 du livre III du JYJ qui nous
occupe. Mais il est intéressant de noter que les idéogrammes désignant
en chinois « le bord des cheveux » représentent aussi autre
chose, à travers les notions d’amitié et d’offrande
pour obtenir la faveur du ciel contenues dans l’étymologie de ces
idéogrammes, ce qui n’est pas dénué d’intérêt
: le bord des cheveux est en effet situé entre le visage, où se
trouvent les orifices et où se reflète l’éclat de
shen, et le crâne-ciel. En tous cas ligne frontière entre le yang
de la face, yangming (et on pense aux orifices qui reçoivent, absorbent,
et à l’estomac qui reçoit, digère et raffine l’essence
jing ), et le yang céleste du crâne, domaine du palais royal des
esprits : ligne sur laquelle on trouve 2 points shen, shenting et benshen.
2 - Typologie :
C’est un point de du mai, dont la typologie a déjà été
étudiée pour le point 3VG yangguan (congrès faformec 2003),
nous n’en ferons qu’un bref rappel :
Du ?(Ricci 5279/11652) c’est surveiller ; inspecter; contrôler;
diriger. Général; Général en chef. Gouverneur; vice-roi.
Contrôleur (charge réservée aux hauts fonctionnaires), etc..
La partie supérieure désignerait anciennement la cueillette des
haricots, et actuellement les frères cadets du père (W124B), la
partie inférieure est mu l’œil : du c’est récolter
les fruits de son observation (mu), et pour Elisabeth Rochat de la Vallée,
du c’est “l’œil du frère cadet du père”
c’est le vice-roi que l’on envoie au loin pour gouverner.
Les sujets « dumai » sont donc, au total, des personnes qui aiment
gouverner, diriger, ordonner, chez qui les symptômes « œil
» sont très présents.
3 - Localisation :
D’après Pékin : sur la ligne médiane, à 0,5
cun au dessus du bord antérieur du cuir chevelu. Il est sur la même
ligne que meichong 3V, qucha 4V, un autre point shen : benshen 13VB et linqi
15VB.
D’après Jia yi jing : « le [point] shenting (24 DM) se situe
sur le bord des cheveux (donc plus en avant que ce que décrit Pékin)
et sur la ligne verticale qui monte du nez. C’est [un point de] rencontre
(hui) du dumai, du taiyang et du yangming de pied. » On ne sera donc pas
étonné de trouver (voir plus loin) des symptômes de zutaiyang
et zuyangming.
4- Technique de puncture :
D’après Pékin : Puncture oblique de 0,5 à 1 cun.
D’après Jia yi jing : « Le [point] shenting (24 DM) est formellement
interdit à la puncture…. Il est interdit à la puncture [sous
peine] de provoquer chez le patient de la folie (dianji) et de la perte de la
vigueur (jing) du regard. On y fait trois cônes de moxa. » Mais
on peut noter que shenting n’est pas cité dans les « interdits
à la puncture » du ch52 de suwen.
5 - Symptomatologie :
Les textes décrivent particulièrement bien différents types
de symptôme yang en zone yang, qui sont essentiellement des symptômes
des méridiens zutaiyang et zuyangming, décrits au LS10 ou au JYJ
livre II chapitre 1 :
- Signes de plénitude de Yang importante, en zone yang, avec des signes
de vent :
Symptomatologie zuyangming en plénitude (expliquée au SW30) :
Surexcitation psychique et cérébrale. S'arrache les cheveux, ne
peut dormir. Surexcitation cérébrale, monte sur les tables, chante,
rejette ses vêtements (après malaria?), langue sortie. (Soulié
de Morant). soif; folie, le malade veut toujours grimper en haut, chanter, se
déshabiller et courir; ne reconnaît plus son entourage; langue
toujours sortie hors de la bouche; épilepsie avec yeux révulsés.
(Chamfrault). Epilepsie d’étiologie “vent” avec yeux
révulsés et pertes de connaissance, protusion linguale ; nausées
et vomissements d’origine nerveuse (Dacheng), les vertiges dus au vent
(fengxuan), vomissements fréquents, anxiété et sensation
de plénitude (man), l’épilepsie (dianji) avec vomissements
d’écume (jiayi jing).
- Les symptômes « nez » font partie de la symptomatologie
yangming et zutaiyang: Nez : Coryza, écoulement clair (Soulié
de Morant); inflammation, rhinorrhée abondante de liquide clair (Chamfrault),
rhume de cerveau (Sun Simiao), rhinorrhée (jiayi jing).
Symptomatologie zutaiyang en plénitude : Migraines (avec photophobie,
nausées, vomissements.) Front douleur. (Soulié de Morant). Fièvre
avec céphalées, céphalées, névralgie frontale;
feng dans la tête, vomissements, vertiges, éblouissements, colonne
vertébrale renversée en arc, névralgie frontale (Chamfrault).
Céphalées d’étiologie vent, opisthotonos. (Dacheng).
Les malarias, les frissons et la fièvre où l’on a mal à
la tête, (jiayi jing).
- Les symptômes « œil » font partie de la symptomatologie
zutaiyang (ou du mai?) : Photophobie, Yeux enflés. Voile de l'œil?
Catarrhe des glandes lacrymales (Soulié de Morant). Eblouissement, larmoiement
abondant (Chamfrault). Amaurose, larmoiement (Sun Simiao), Atteinte de la tête
et du cerveau par le froid, [le Qianjin dit : les douleurs à la tête
dues au froid et à la chaleur] larmoiement et a du mal à voir
(jiayi jing).
- Il y a aussi des signes d’atteinte cœur/shen :
Chagrin excessif, sanglote, appréhension, anxiété. Dépression.
Cœur palpitations. (Soulié de Morant). Insomnie par peur, folie
calme. Malaise et plénitude de poitrine (Chamfrault). État d’angoisse
(Dacheng )
- Et quelques signes de gêne respiratoire, qu’on peut relier à
l’atteinte yangming chaleur: Bronches : asthme. (Soulié de Morant).
Dyspnée avec soif. (Chamfrault). Dyspnée (Sun Simiao), dyspnée
bruyante (Jiayi jing).
Et, à part les signes oculaires, aucun signe d’atteinte du dumai
! Ce qui peut faire penser que c’est plus sa localisation centrale au
bord des cheveux que son appartenance à dumai qui est importante à
considérer pour la symptomatologie de shenting.
Selon Soulié de Morant, ce point éveille réponse dans Fonglong
(40E),point lo de zuyangming:
Au total, ce sont des personnes qui, de par leur typologie aiment gouverner,
maîtriser les situations, et qui vont se trouver confrontées à
un certain moment, au cours d’un épisode anxio-dépressif,
à un désordre de leur shen, avec des manifestations de plénitude
de yang, zuyangming et zutaiyang en zone yang, accompagnées de troubles
au niveau des orifices (nez et œil). L’aiguille mise à shenting
serait, tel le roi se montrant à la porte du palais à l’entrée
de la cour, remettant de l’ordre par sa seule présence dans l’agitation
qui y règne, ce qui permet apaisement et remise en ordre des shen, shen
perturbés dans ce cas par une mauvaise qualité de jing .
6 – expérience clinique, observations (résumées à
l’extrême..):
Nous n’avons pas pour shenting d’observation de « point unique
». Par contre plusieurs observations de plusieurs participants du séminaire
vont bien dans ce sens de remise en ordre des esprits perturbés :
- pour Marie-Christine Issartier :
« Il m’est arrivé de piquer ce point chez une personne noyée
dans ses émotions et ses angoises. Il y avait une confusion dans ses
évènements douloureux et une difficulté à faire
la part des choses…. Pour moi ce point, situé à la limite
de la voûte crânienne (céleste) et de la face, évoque
un lien entre la clarté, l’éclat du shen, et le travail
d’élaboration, transformation du yangming et de l’entraille
estomac qui fragmente ce qui est reçu de l’extérieur (les
aliments, les émotions, les stimulations sensorielles) …..Dans
shenting il s’agit de stimulations psychosensorielles qui ne sont pas
reconnues, pas nommées. Shenting offre l’éclat du shen à
ce travail yangming.»
- pour Catherine Grossman :
« Mme Y. présente un état dépressif marqué,
avec inhibition, tristesse et dévalorisation. Elle dit ne souhaiter qu’une
seule chose : se coucher seule et dormir… Elle explique avoir besoin d’être
totalement seule pour se sentir mieux, pour réussir à agir et
faire sa valise par exemple, car le regard d’un tiers la paralyse et elle
ne peut plus ni se concentrer ni finir une tâche. En présence de
quelqu’un, elle se disperse gravement et « perd la capacité
de penser »….(Après traitement) elle est transformée
et contente. Le seul point employé à chaque fois (en sus d’autres
points) est le 24VG. C’est probablement le fil directeur »
- pour Gilles Cury :
Mme G vient consulter mal habillée, non peignée, l’air abattu,
accompagnée de son mari qui la soutient par le bras. Elle a beaucoup
de difficultés pour parler et se recroqueville sur sa chaise. C’est
son mari qui me raconte son histoire : hospitalisée en urgence, en septembre
2004, pour excitation psychomotrice importante, avec insomnie depuis plusieurs
nuits, ayant des idées bizarres et des propos délirants à
thème mystique, puis coma, et crises convulsives, avec hospitalisation
en psychiatrie pendant plusieurs mois ; elle ressort avec des troubles neurologiques
à type d’aphasie. L’IRM retrouve des séquelles d’AVC.
Selon son mari c’est une femme nerveuse, ne tenant pas en place, très
soucieuse, émotive, et très autoritaire. Elle aime diriger. Actuellement
elle est fatiguée, se plaint de céphalées en casque, d’étourdissements,
elle a moins de mémoire, et sa concentration est difficile.
Devant cette désorganisation de ses esprits, je choisis un point shen
sur dumai. Le point shenting 24VG s’impose. J’ajoute le point yamen
15VG pour les troubles phasiques.
Deux semaines plus tard elle revient, maquillée, dynamique. Elle précède
son mari en entrant dans la salle de consultation. Elle me dit se sentir beaucoup
mieux, moins déprimée, avec envie de faire des choses. Elle me
demande de lui refaire son point. Elle a bien senti que ce point, le 24VG, lui
a changé la vie. Depuis elle va très bien malgré quelques
fluctuations de l’humeur. Le point shenting a permis la remise en ordre
des shen.
- pour Nicole Thurière :
Mme V. professeur d’anglais vient me voir, enceinte de 3 mois, pour arrêter
de fumer et, « accessoirement » pour se sentir mieux : en effet
elle pleure sans arrêt…En résumé : terrain anxio-dépressif
majoré par des problèmes de couple (ttt antidépresseur
par périodes, et encore dernièrement), 2ème grossesse actuelle
par ailleurs sans problème (contrairement à la 1ère), désirée
et dans un bon contexte conjugal. 18VC, 7P l’aide bien sur l’anxiété
(2 séances) mais il reste cette fragilité émotionnelle
importante avec pleurs continuels, mauvais sommeil, idées obsessionnelles
plus ou moins délirantes : en fait, de fortes émotions du passé,
mal ou non digérées, « refluent » littéralement
à l’occasion de cette grossesse, entretenant une confusion de la
pensée. 24VG va permettre de clarifier les choses : quand elle revient
après une première puncture de shenting le regard est enfin apaisé
et clair. (et elle ne fume plus que 2 cig/j !).
synthèse finale
Cette étude détaillée d’un point permet de mettre
en évidence ses caractéristiques essentielles en profondeur .
On s’aperçoit ainsi du lien qu’on peut très souvent
(toujours ?) faire entre le ou les noms du point, sa localisation sur le corps
et les symptômes décrits pour ce point, chaque élément
permettant d’enrichir la perception qu’on peut en avoir. Pour shenting
en tous cas, le nom, la situation (au bord de la voûte crânienne
abritant le cerveau et en limite de la face yangming), la typologie de méridien,
les symptômes décrits, convergent vers cette notion d’esprits
shen agités car le travail d’élaboration, de digestion même,
d’ordre psychique, se fait mal (donc jing est de mauvaise qualité),
chez un sujet qui aime organiser, diriger : il y a nécessité de
remettre en ordre ces esprits perturbés, comme seul peut le faire le
roi apparaissant au bord de sa cour devant ses sujets pleins d’agitation
: aussitôt la paix et le calme reviennent…
Bibliographie :
1 - Dictionnaire français de la langue chinoise Institut RICCI, édition
Kuangchi, 1999
2 - Caractères chinois, WIEGER S.J., édition Taichung 1962
3 - L’acuponcture chinoise, SOULIÉ DE MORANT G. Maloine, 1979
4 -Traité de médecine chinoise, tome 1, CHAMFRAULT A., édition
Chamfrault, 1981
5 - Da cheng, traduction de DARRAS J.C. 4 tomes, éditions darras, 1983
6 - Médecine traditionnelle chinoise, NGUYEN VAN NGHI édition
Nguyen van Nghi, 1984
7 -Traité d’acupuncture de Shanghai présenté par
ROUSTAN Cl., tome II, édition Masson, 1979
8 - Précis d’acupuncture chinoise, Académie de médecine
traditionnelle chinoise, Édition en langes étrangères PÉ-KIN,
1ère édition 1977
9 - Bioénergétique et médecine chinoise, DURON, LAVILLE-MÉRY,
BORSARELLO, édition Maisonneuve, 1978
10 - Séminaire sur les points, ANDRÈS G., BERGER G., COUDERC P.,
CURY G., AFA mars 2002
11 - Zhenjiu jiayi jing, traduction ANDRÈS G., MILSKI C., Édition
Guy Trédaniel, 2005.
12 - Shen l’instant créateur, de Jean-Marc EYSSALET,
13 - Les mouvements du cœur de Claude LARRE et Élisabeth ROCHAT
de la VALLÉE,
14 - Revue Française d’Acupuncture n°117,
15 - Le corps taoïste de Kristoffer SCHIPPER,
16 - L’idiot chinois de K. RYVJIK,
17 - Suwen , traduction de A.HUSSON,
18 - Lingshu , traduction de MING WONG
19 - Le cœur en médecine chinoise, revue « Connaissance de
l’Acupuncture », 2005
Gilles CURY et Nicole THURIÈRE 18, rue des Capucins 28100 Dreux.
tél : 02 37 42 32 84 @mail : qibo@wanadoo.fr