LA GLOSSODYNIE :
1. DEFINITION DE LA GLOSODYNIE
Paresthésies de la langue, dont l’expression clinique et l’évolution sont diverses selon le terrain du malade.
2. ETIOLOGIE :
Pathologie linguale propre : à type d’érosion ou d’ulcération
(aphtes),
glossite,
xerostomie,
symptôme de Goujerot-Sjögren.
Pathologie bucco-dentaire : polymétallisme (électrogalvanisme),
délabrement dentaire,
prothèse mal conçue,
intolérance ou allergie à différents métaux (résine).
Maladies générales : diabète,
goutte,
problèmes métaboliques ou endocriniens (ménopause)
Maladies psychossomatique : l’interrogatoire révèlera volontiers des troubles dont l’origine sont des problèmes d’ordre professionnels ou familiaux. Le stress est un facteur très souvent retrouvé.
3. INTERROGATOIRE :
Il s’agit le plus fréquemment de femmes anxieuses, surmenées,
ayant rencontrées récemment de gros problèmes familiaux
ou professionnels.
Ces douleurs sont augmentées lorsque le malade est seul ou lorsqu’il
est stressé.
Il peut avoir des irradiations au niveau du cou ou même de la colonne
vertébrale .
Cette douleur peut se localiser à la langue pendant un temps, puis prendre
la forme de céphalées ou de névralgies faciales.
Chez l’homme on retrouvera souvent comme origine la mise en retraite
ou un licenciement ou encore des problèmes familiaux à type de
divorce.
Cette douleur permettra à l’anxieux de somatiser son problème
psychique.
L’anxieux y trouvera alors un thème et un soulagement (michaux).
La douleur sera alors ressentie comme une solution à son problème
de vie d’où la difficulté de traiter le symptôme sans
s’attaquer à la cause.
Quelquefois l’interrogatoire révèlera des lésions
sous-jacentes préexistantes type glossiste.
Cette pathologie étant bien compensée avant le problème
de couple du malade et va se décompenser avec des douleurs au moment
de l’apparition du problème familial.
4. OBSERVATION :
L’examen buccal va révéler certaines lésions associées :
4.A. SALIVAIRES :
L’observation clinique nous permet de constater une hyperactivité
linguale, associée à de très nombreuses déglutitions.
La salive est souvent surabondante et mousseuse.
Ce phénomène de déglutition répétée
permanente entraîne la formation d’une véritable émulsion
salivaire.
Ces symptômes sont souvent retrouvés dans les dystonies neurovégétatives
constitutionnelles.
Cette déglutition permanente entraîne une fatigue musculaire et
une irritation de la muqueuse causée par le frottement répété
de cette langue hyperfonctionnelle.
Cette dernière est alors le siège de brûlures.
4.B. PHARYNGEE :
On peut retrouver des maux de gorge qui n’empêchent pas le sommeil, ne sont pas aggravés par l’alimentation (ils sont souvent calmés par la prise d’aliments).
4.C. LINGUALE :
On observe parfois une langue saburrhale ou une langue en carte de géographie
ou encore quelque papilles hypertrophiées.
L’observation clinique de la gorge ne révèle aucune pathologie
à part la mise en évidence de salive mousseuse.
4.D. ARTICULAIRE :
L’articulation temporomandibulaire est souvent le site de troubles fonctionnels.
L’observation de l’articulé dentaire révèlera
une pathologie.
Les névralgies seront pré-auriculaires, temporales, hémifaciales,
mandibulaires (l’angle de la mandibule).
Ces douleurs sont aggravées par le mouvement de la mandibule.
Elle varient dans la journée.
On observe une sensation de ressaut ou de craquement uni, ou bilatéraux.
L’hypoacousie peut être également présente, uni ou
bilatérale.
V.2.4.E. DENTAIRES :
On peut observer des odontalgies sans aucune lésion anatomique, peu
intenses et souvent permanentes.
Elles sont présentes dès le réveil et varient dans la journée.
Elles sont souvent améliorées par l’alimentation et la mastication.
Elles sont observées sur un groupe dentaire.
Ces douleurs sont fonctionnelles sans aucune lésion anatomique observable.
4.F. LESIONS DE LA MUQUEUSE BUCCALE :
Le mordillement ou la succion de la muqueuse peut entraîner une inflammation
de celle-ci ou même des ulcérations.
Un mordillement de la lèvre inférieure peut provoquer une hypertrophie
des glandes salivaires accessoires avec une impression de granité au
toucher.
On observe souvent des lésions de leucokeratoses qui se présentent
sous l’aspect d’un enduit blanchâtre de la face interne des
joues.
Les troubles du goût avec sensation de salive sucrée ou diminution
du goût des aliments ou encore sensation métallique.
4.H. MOTRICE :
On observe quelquefois des troubles moteurs de type paralysie linguale qui
correspond au nerf hypoglosse : elle sont rares, mais intéressantes car
il faudra également traiter la
projection de l’innervation du noyau de l’hypoglosse lors de notre
thérapeutique en auriculothérapie.
5. DIAGNOSTIQUE DIFFERENTIEL :
L’observation clinique, l’interrogatoire, les examens complémentaires
vont aussi nous permettre de rassurer le malade qui souvent est cancérophobe.
Les prélèvements buccaux ainsi que les biopsies peuvent être
des examens complémentaires intéressants en cas de doute. Des
examens sanguins sont également intéressants pour éliminer
certains diagnostics (syphilis).
On cite classiquement le Lichen Plan, ou le Muguet dont le diagnostic sera aisé.
6. EPIDEMIOLOGIE :
Il s’agit dans trois quarts des cas de femmes. Le sujet est anxieux
avec des troubles physiologiques (problèmes familiaux professionnels).
Les sujets sont instables ou manifestent une certaine insécurité
dans la vie.
Le milieu socioculturel est très divers.
Il semblerait que si les intellectuels souffrent davantage par rapport au manuels,
ils sont plus aptes à contrôler leur douleur.
L’âge le plus souvent retrouvé serait entre 40 et 70 ans.
7. SCHEMATISATION NEUROPHYSIOLOGIQUE DE LA DOULEUR LINGUALE :
Les névralgies ont un influx centripète. (SCHEMA 1.)
Après passage dans les nerfs périphériques l’influx
arrive au niveau de la substance réticulée mésencéphalique
qui constitue le support de la vigilance diffuse.
Il s’ensuit un éveil non spécifique et des réactions
sans finalité.
Le rhinencéphale va permettre de donner un caractère agréable
ou désagréable à la stimulation.
Le cortex cérébral est le support de la vigilance dite intelligente.
Il analyse le stimuli et provoque des réactions en conséquence.
Il existe des relations très étroites entre ces trois systèmes,
la douleur s’applique à des phénomènes physiologiques,
alors que la souffrance est la prise de conscience par le sujet d’un phénomène
douloureux.
La participation cérébrale de l’émotionnelle dans
tout phénomène douloureux revêt donc une grande importance
(laufer).
8. ATTITUDE THERAPEUTIQUE :
L’Acupuncture de l’oreille sera d’un apport thérapeutique
intéressant
Lorsque l’observation clinique et para-clinique ne nous permet pas d’appréhender
les phénomènes pathologiques nettement identifiés.
En tenant compte du fait indéniable de la souffrance de notre malade,
nous admettrons qu’il s’agit d’une pathologie fonctionnelle
qui passe par le système nerveux.
Cette pathologie neurophysiologique est souvent traitée par des médicaments
psychotropes (anxiolytiques ou antidépresseurs)qui peuvent provoquer
une sécheresse buccale.
Cette dernière risque d’aggraver la glossodynie.
Le malade ne veut pas être considéré comme psychiatrique
et l’utilisation d’anxiolytiques outre le fait qu’elle va
entraîner une perte de la vigilance, va être mal acceptée
par le patient.
L’auriculothérapie va nous permettre grâce à un interrogatoire
très précis d’appréhender les zones du système
nerveux qui entrent en action dans cette pathologie douloureuse.
Nous allons agir sur la symptomatologie et sur l’étiologie.
Notre action sera centrale et périphérique (SCHEMA 2.)

9. CONCLUSION :
Tout se passe comme si, face à un surcroît d’informations
dû au stress d’origine professionnelle ou familiale, le système
nerveux central n’arrive plus à faire face.
Cette surcharge d’informations centripètes qui lui arrive suite
à des évènements extérieurs, n’arrive plus
à être analysée et la réponse ne va plus être
adaptée.
Ce défaut d’adaptation va se traduire par des influx centrifuges
qui vont donner en périphérie des informations inexactes.
C’est le cas d’une pathologie de la langue qui va faire surface
sans aucune lésion anatomique détectable.
L’information a une origine uniquement centrale.
Elle part du système nerveux central pour aller à la périphérie.
Cette sensation est alors ressentie comme douloureuse et par action réflexe
le cerveau va à ce moment-là seulement être informé
de ce qui se passe au niveau périphérique.
L’origine pourtant est bien centrale et non périphérique.
Il faudra donc agir sur les voies centripètes qui seront les voies du
trijumeau.
Mais il faudra également agir au niveau du système nerveux central
sur les centres de la douleur, les centres d’adaptation et les centres
du stress.
L’acupuncture d’oreille nous ouvre une porte sur ses différents
réseaux et ses différents centres que nous allons pouvoir traiter
par action réflexe. (SCHEMA 3.)

Ainsi, donc, nous ne travaillerons pas uniquement sur la symptomatologie douloureuse,
mais nous permettrons au malade de mieux s’adapter à la situation
extérieure et donc de ne pas transformer sa pathologie buccale en une
autre pathologie périphérique.
L’utilisation des points d’adaptation nous permettra d’acquérir
chez ce patient une autre possibilité d’adaptation et d’appréhension
du problème socioprofessionnel ou familial dans lequel il vit.
L’acupuncture d’oreille pourra être aidée dans ce sens
par toutes les techniques d’adaptation type posturologie, orthopsie, occlusodontie,
homéopathie.
Toutes ces techniques s’attaquent directement à la cause et non
aux symptômes.
En effet, il faut savoir que la plupart de nos patients se sont plus ou moins
bien adaptés pendant quelques années à leur problème
et la décompensation souvent est tardive.
Il faudra donc avoir beaucoup de patience lorsque la pathologie est ancienne.
Dans certains cas, lorsque le circuit nerveux ne s’est pas compliqué
par des interrelations avec d’autres points du système nerveux
périphérique, nous pourrons avoir des résultats spectaculaires
en une séance. (SCHEMA 4.)

Dans d’autres cas il nous faudra remonter dans le temps à l’intérieur
de cette pathologie afin de retrouver l’origine.
Il est très important d’informer le patient de notre démarche
afin que lui même se programme pour travailler dans le même sens
que le nôtre.
Il sera utile d’écouter lors des consultations ultérieures,
les variations de la pathologie périphérique, qu’elle soit
buccale ou corporelle.
L’orientation de chaque séance en dépendra.
Il est en effet très difficile de déterminer un programme dans
ce type de pathologie alors que chaque patient a sa propre histoire dans laquelle
il va remonter.